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Sat, Oct

Frontières maritimes : comment la Côte d’Ivoire a perdu la partie face au Ghana

Après la décision du Tribunal international du droit de la mer, qui a tranché le 23 septembre en faveur du Ghana dans la bataille juridique qui opposait les deux pays au sujet de leurs eaux territoriales, la partie ivoirienne s'interroge : Yamoussoukro a-t-elle vraiment mis tout en œuvre pour défendre ses intérêts ?

 

Emmenée par l’ancien ministre du Pétrole Adama Toungara, la délégation ivoirienne qui s’est rendue le 23 septembre à Hambourg pour entendre le jugement du Tribunal international du droit de la mer (TIDM) ne s’imaginait pas perdre sa bataille pour l’inclusion d’une partie du gisement TEN dans ses eaux territoriales. « Nous avons été surpris que le tribunal ne prenne pas en compte la concavité du territoire ivoirien, que nous mettions en avant », regrette l’universitaire et avocat Cissé Yacouba, l’un des négociateurs de la Côte d’Ivoire, interrogé par RFI. Las, pour les Ivoiriens, c’est le principe de stricte équidistance (établissant une frontière à égale distance du rivage des deux pays), prôné par les Ghanéens, qui a été pris en compte par les juges.

« Dans cette affaire, la Côte d’Ivoire a choisi des représentants qui n’ont pas bien défendu ses intérêts. Certains d’entre eux n’étaient pas des bons connaisseurs du sujet, très pointu, et les rares qui le connaissaient vraiment avaient déjà par le passé prôné la même méthodologie de stricte équidistance mise en avant par le Ghana, qu’ils ont fini par reconnaître comme légitime », analyse le juriste international Pieter Bekker, spécialiste du droit de la mer établi à Londres et à New York.

Dans cette affaire, notre pays n’avait pas grand-chose à gagner et pas grand-chose à perdre. Le principe de stricte équidistance fait jurisprudence dans la plupart des cas

Ce dernier pointe également la petitesse de l’équipe ivoirienne dans ce dossier – composée de 16 membres – en comparaison de son opposante ghanéenne, riche de 46 membres. Interrogé , Adama Toungara, qui avait été confirmé par le président Ouattara dans sa mission de représentant de son pays dans ce dossier, malgré son départ du ministère du Pétrole – dévolu à Thierry Tanoh – minimise la « perte ivoirienne ». « Dans cette affaire, notre pays n’avait pas grand-chose à gagner et pas grand-chose à perdre. Le principe de stricte équidistance fait jurisprudence dans la plupart des cas », affirme-t‑il.